Un DJ russe retiré d'un showcase, Sama' Abdulhadi qui renonce à un panel, une soirée exclue en septembre : trois retraits à l'ADE, qui renvoie la programmation aux labels.
L'Amsterdam Dance Event, qui se tient du 21 au 25 octobre 2026, a connu trois retraits liés à des prises de position en ligne ou à des controverses autour de sa programmation, entre mi-septembre et la veille de son ouverture. Dans deux de ces cas, l'organisation a rappelé le fonctionnement de l'événement : les soirées sont montées par des labels, des collectifs et des promoteurs indépendants, qui choisissent eux-mêmes leurs artistes.
Alexander Komarov retiré du showcase Interplay Records
Le DJ russe Alexander Komarov, issu de la scène trance, devait jouer le vendredi 23 octobre au Bacan, dans le cadre d'un showcase du label Interplay Records. Mi-octobre, la capture d'écran d'un message qu'il avait adressé au DJ ukrainien Vadim Bonkrashkov a circulé sur un forum Reddit consacré à la trance. Dans ce message rédigé en russe, il traite son confrère de « nazi » et lui souhaite de mourir dans la souffrance, avec son pays.
Interrogé par le quotidien néerlandais Algemeen Dagblad, Komarov a reconnu en être l'auteur. Il a déclaré regretter de ne plus pouvoir se rendre à Amsterdam pour rencontrer les artistes avec qui il travaille. Le jeudi 15 octobre, il ne figurait plus sur l'affiche. Interplay Records n'a pas motivé publiquement sa décision.
Un porte-parole de l'ADE a indiqué au même journal que le festival n'avait « pas de visibilité sur les bookings », que les line-ups pouvaient changer jusqu'au dernier moment, mais que Komarov n'y figurait plus. Ce fonctionnement décentralisé est la règle de l'ADE : un label qui veut programmer un showcase sous la bannière du festival réserve un lieu, compose son affiche et l'inscrit au programme officiel, sans validation artistique centrale. Pour un agent, l'ADE reste donc un marché où l'interlocuteur est le promoteur de chaque soirée, et non l'organisation du festival.
Sama' Abdulhadi renonce à un panel sur la musique et la résistance
La DJ et productrice palestinienne Sama' Abdulhadi était invitée à intervenir lors d'un panel consacré à la musique et à la résistance, dans le volet conférences de l'ADE. Le 20 octobre, la veille de l'ouverture, elle a annoncé sur Instagram qu'elle ne participerait pas au festival.
Selon sa déclaration, relayée par Mixmag, il serait « malhonnête » de sa part de parler de résistance dans le cadre d'un festival qui programme des artistes ayant servi dans l'armée israélienne ou ayant publiquement soutenu celle-ci. Elle précise ne pas demander l'exclusion d'artistes « simplement parce qu'ils sont israéliens », et appelle festivals et institutions à assumer leurs choix sur les voix qu'ils mettent en avant. Elle ne nomme aucun des artistes visés. À la date de publication de l'article de Mixmag, le 21 octobre, l'ADE n'avait pas répondu.
Un précédent en septembre avec Shlømo
Le 14 septembre, l'ADE avait déjà retiré de son programme officiel la soirée Komplott x Overgave, prévue le 21 octobre au Panama. Les deux promoteurs y avaient programmé Shlømo, DJ français de hard techno, visé depuis février par des accusations de violences sexuelles et psychologiques, qu'il conteste en parlant de campagne de « diffamation ». En juin, l'avocat d'une plaignante avait confirmé le dépôt d'une plainte et l'ouverture d'une enquête.
Avant la décision du festival, les DJs néerlandais Xamuel et Within s'étaient retirés de l'affiche. L'ADE avait expliqué que la réponse publique des promoteurs à la polémique allait à l'encontre de ses valeurs et que, même si chaque organisateur choisit ses artistes, les événements portant le nom du festival doivent respecter ses standards. La soirée restait libre de se tenir, mais hors du cadre de l'ADE.
Les appels à aller plus loin
Dans l'affaire Komarov, Karel Burger Dirven, présenté comme consul honoraire de l'Ukraine aux Pays-Bas, a déclaré à l'Algemeen Dagblad que ce retrait ne devait être « qu'un début ». Sur LinkedIn, il a demandé à l'ADE, à la société de gestion des droits BumaStemra et à la municipalité d'Amsterdam d'agir, et aux autorités néerlandaises d'envisager le refus ou le retrait du visa de Komarov. Le même quotidien a rappelé que le DJ russe Roman Messer s'était produit à plusieurs reprises en Crimée depuis l'annexion de la péninsule par la Russie en 2014.
