Sorti le 5 novembre sur KNTXT, l'EP « Azadi » associe la techno de Charlotte de Witte à NAVA, chanteuse persane créée par IA. Recettes reversées à FEMENA, choix de la voix contesté.
Le 5 novembre 2026, Charlotte de Witte a publié « Azadi » sur KNTXT, le label qu'elle dirige depuis Gand. L'EP compte trois titres, tous crédités « Charlotte de Witte feat. NAVA ». NAVA n'est pas une chanteuse en chair et en os : c'est une voix et un personnage générés par intelligence artificielle, conçus en 2025 par Farbod Mehr, artiste d'origine iranienne installé à Londres.
Trois titres en farsi
« Azadi » signifie « liberté » en persan, « Omid » signifie « espoir ». Le troisième morceau, « Tales of the Desert », a servi de teaser : un extrait a été publié le 20 octobre sur Instagram, en publication commune avec le compte de NAVA. Selon la présentation du label, « Azadi » repose sur un kick techno et une ligne acid, et figurait déjà dans les sets de la DJ avant l'annonce. « Omid » superpose plusieurs couches de voix en farsi sur une basse appuyée, tandis que « Tales of the Desert » est construit autour d'un long break mélodique.
La version numérique est vendue à partir de 4 livres sterling sur Bandcamp. Un vinyle 12" noir, proposé à partir de 13,50 livres, doit être expédié autour du 11 décembre.
L'intégralité des recettes pour FEMENA
KNTXT annonce que toutes les recettes de l'EP seront reversées à FEMENA, organisation qui soutient les défenseuses des droits des femmes et les mouvements féministes au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Asie, avec une action spécifique en Iran. Aucun montant ni mode de calcul n'a été communiqué. Le précédent EP de la productrice belge, « The Resistance », sorti en septembre sur le même label, avait déjà été publié au profit d'une structure tierce, The Nighttime Foundation.
Charlotte de Witte justifie la collaboration par la situation des chanteuses en Iran, où les femmes n'ont pas le droit de chanter seules en public devant un auditoire mixte : « NAVA represents Iranian women banned from public performance », indique-t-elle dans le texte de présentation. Farbod Mehr rattache de son côté le titre « Omid » à un ancien vers persan sur l'espoir qui naît du désespoir.
Un avatar suivi par 775 000 comptes
Le visage et la voix de NAVA s'inspirent de la peinture iranienne classique et des traditions folkloriques, selon le label. Mehr présente le personnage comme une voix symbolique des Iraniennes privées de scène. D'après Resident Advisor, le compte Instagram de NAVA réunit environ 775 000 abonnés.
Ni KNTXT ni Farbod Mehr n'ont publié d'information sur les outils utilisés pour générer la voix, sur les données d'entraînement ou sur d'éventuelles voix humaines ayant servi de base au modèle.
Des critiques dès le teaser
Sous l'extrait du 20 octobre, une partie du public a demandé pourquoi un disque consacré aux Iraniennes donne la parole à une voix synthétique plutôt qu'à une chanteuse réelle. D'autres commentaires ont pointé la question plus large du travail vocal et des débouchés des chanteurs face aux outils génératifs. Les défenseurs du projet répondent qu'une interprète vivant en Iran s'exposerait à des poursuites, ce qui n'est pas le cas d'un avatar. Charlotte de Witte n'a pas répondu publiquement à ces critiques.
Le disque pèse d'autant plus dans le débat que son autrice figure parmi les têtes d'affiche les plus programmées des festivals européens : elle s'est classée 6e du Top 100 DJs de DJ Mag en 2026, contre 9e un an plus tôt, et a été désignée DJ techno numéro un du classement pour la septième fois.
Beatport et Bandcamp face aux voix synthétiques
Depuis le 28 août 2026, Beatport refuse les morceaux entièrement ou majoritairement générés par IA et étiquette ceux qui sont produits par des humains avec l'aide d'outils d'IA. Le filtrage se fait dès l'envoi des fichiers, avec la technologie de Beatdapp, partenaire de la plateforme pour la détection de la fraude au streaming. Bandcamp interdit pour sa part la musique créée entièrement ou en grande partie par IA.
« Azadi », dont la production est signée Charlotte de Witte mais dont toutes les voix sont synthétiques, est en vente sur Bandcamp. Ni Bandcamp ni Beatport n'ont indiqué dans quelle catégorie ils classent le disque. Lors de l'annonce de sa nouvelle politique, Beatport avait publié une enquête menée auprès de ses utilisateurs : 60 % déclaraient ne pas vouloir jouer de musique IA dans leurs sets, et 8 % seulement se disaient ouverts aux morceaux générés par IA.
