Contrefaçon de vinyles : trois ans et demi de prison à Londres pour la plus grosse usine clandestine du Royaume-Uni

Contrefaçon de vinyles : trois ans et demi de prison à Londres pour la plus grosse usine clandestine du Royaume-Uni

Par Crown Artist · · 3 min de lecture

Condamné le 18 septembre à Londres, Rehan Ahmed pressait de faux disques depuis 2017. Le dossier éclaire un marché parallèle qui touche aussi les labels électro.

Le 18 septembre 2026, l'Inner London Crown Court a condamné Rehan Ahmed, 40 ans, résident de Southall dans l'ouest de Londres, à trois ans et six mois de prison. Les chefs retenus sont la violation du droit d'auteur et l'acquisition puis l'usage de biens issus d'une activité criminelle. L'affaire, révélée par la police de la City de Londres et le British Phonographic Industry (BPI), porte sur la plus importante opération de contrefaçon de disques vinyles jamais démantelée au Royaume-Uni.

Sept ans de pressage clandestin à Acton

L'atelier opérait à Acton, dans l'ouest de la capitale britannique, sous deux raisons sociales : Phoenix of Vinyl et Paragon Music. L'activité a duré de 2017 à 2024 et a généré environ 2,7 millions de livres de chiffre d'affaires, soit près de 3,6 millions de dollars.

La perquisition de février 2024 donne la mesure de l'installation : quatre presses à vinyle âgées d'environ soixante-dix ans, 3 000 stampers métalliques — les matrices qui servent à presser les disques — et près de 18 tonnes de matériel et de marchandise. Les enquêteurs ont dénombré quelque 15 000 disques sur place, dont 2 791 exemplaires contrefaits ont été formellement saisis, pour une valeur de revente estimée à 259 920 livres. Au total, les droits de 108 artistes ont été enfreints, parmi lesquels The Beatles, Taylor Swift, Coldplay ou Ed Sheeran.

Une enquête déclenchée par un achat test

Le point de départ n'est pas une plainte d'artiste mais une vérification de routine. En février 2024, des représentants du BPI ont réalisé un achat test auprès du vendeur, puis transmis le dossier à la Police Intellectual Property Crime Unit (PIPCU), l'unité de la police de la City de Londres spécialisée dans la criminalité liée à la propriété intellectuelle.

« Cette affaire doit envoyer un message clair à toute personne qui vend des vinyles contrefaits : c'est illégal et nous agirons », a déclaré le detective constable Daryl Fryatt. Du côté du BPI, Peter Ratcliffe a souligné que ce type d'atelier « ponctionne » directement les artistes et les labels.

Un phénomène industriel, pas un cas isolé

Le dossier Phoenix of Vinyl s'inscrit dans une séquence plus large. Le BPI recense 43 perquisitions menées en deux ans au Royaume-Uni, pour environ 600 000 objets contrefaits saisis, d'une valeur estimée à 8 millions de livres. Au moins dix enquêtes supplémentaires restent ouvertes.

La mécanique est connue des disquaires : des pressages non autorisés injectés dans les circuits de vente en ligne et les marchés physiques, souvent sur des titres à forte demande ou des éditions épuisées. Les indices restent les mêmes — pochette imprimée avec une définition faible, absence de codes-barres cohérents, matrice gravée dans le dead wax qui ne correspond à aucune référence connue, prix anormalement bas pour une édition réputée rare.

Le vinyle reste un marché en croissance en France

Le contexte explique l'attrait du trafic. Selon le SNEP, près de 6 millions de vinyles ont été vendus en France en 2025, dans un marché physique qui a généré 205 millions d'euros, son meilleur niveau depuis quatre ans, en hausse de 5 %. Les 15-34 ans représentent 41 % des acheteurs de vinyles, ce qui contredit l'image d'un format réservé aux collectionneurs vieillissants.

Pour les musiques électroniques, le disque n'a jamais cessé d'être un support de travail et un canal de revenus. Les labels indépendants pressent sur des séries courtes, souvent quelques centaines d'exemplaires, avec des marges faibles et une trésorerie tendue. Un pressage pirate d'un maxi épuisé capte une demande que le label aurait pu servir lui-même par une réédition officielle.

Ce que cela implique pour les DJs et les labels

Pour un DJ qui achète en seconde main, la vigilance porte sur la provenance : privilégier les disquaires identifiés, les plateformes qui tracent les vendeurs, et les stocks directs des labels. Pour un producteur ou un label, l'affaire rappelle l'intérêt de documenter ses pressages — numéro de matrice, quantité pressée, usine — afin de pouvoir établir rapidement qu'un exemplaire en circulation n'est pas authentique.

Sur le terrain du booking et de la carrière, l'enjeu est indirect mais réel : les revenus du disque financent les productions suivantes, et un catalogue physique maîtrisé reste un argument de crédibilité auprès des programmateurs et des agences. En France comme ailleurs en Europe, les artistes électro qui pressent en propre ont tout intérêt à traiter leur catalogue vinyle comme un actif à protéger, au même titre que leurs droits d'édition.

Photo : Christina Xu / Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0

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