La plateforme française ajoute un interrupteur qui retire titres, albums et « artistes » entièrement générés par IA de ses résultats de recherche. Elle en reçoit 90 000 par jour.
Deezer a annoncé le 13 octobre 2026 l'arrivée d'un nouveau réglage : un interrupteur qui retire des résultats de recherche les titres et albums identifiés comme entièrement générés par intelligence artificielle, ainsi que le profil d'« artiste » qui leur est rattaché. Le déploiement doit couvrir tous les pays où le service est disponible avant la fin de l'année.
Un réglage individuel, pas un retrait du catalogue
Le filtre s'active et se désactive à tout moment depuis le compte de l'utilisateur. Une fois coupé, les contenus concernés réapparaissent normalement. Deezer ne retire donc pas ces morceaux de son catalogue : chaque abonné choisit s'il veut les voir. Le périmètre se limite à la musique produite intégralement par un générateur. Selon la FAQ publiée avec l'annonce, un morceau où l'IA n'intervient que de manière limitée, au sein d'un processus de création humain, est traité différemment.
Ce réglage s'ajoute aux mesures déjà en place. Depuis début 2025, la plateforme écarte ces titres de ses recommandations algorithmiques et de ses playlists éditoriales. Depuis juin 2025, elle affiche une mention sur les albums concernés : plus de 14 millions d'entre eux ont été étiquetés. Entre janvier 2025 et août 2026, plus de 42 millions de titres détectés comme synthétiques ont été sortis des suggestions.
Alexis Lanternier, directeur général de Deezer, invoque « une demande claire » des utilisateurs. Un sondage Ipsos commandé par la plateforme en novembre 2025 auprès de 9 000 personnes dans huit pays, dont la France, indiquait que 45 % d'entre elles souhaitaient pouvoir filtrer la musique 100 % IA, et que 52 % jugeaient que ces titres n'avaient pas leur place dans les classements principaux. Lors du test à l'aveugle de la même enquête, 97 % des répondants n'ont pas su distinguer un morceau généré d'un morceau composé par un humain.
90 000 titres synthétiques livrés chaque jour
Le volume a été multiplié par neuf en dix-huit mois : environ 10 000 titres entièrement générés arrivaient chaque jour au lancement de l'outil de détection, en janvier 2025, contre près de 90 000 selon le chiffre communiqué en juillet 2026. Les jours de pointe, ils représentent plus de la moitié des nouvelles livraisons. Leur poids dans l'écoute reste faible, entre 1 et 3 % des streams.
Le problème porte surtout sur la rémunération. En 2025, jusqu'à 85 % des streams de titres 100 % IA ont été jugés frauduleux par Deezer, qui les exclut du calcul des droits. Dans un modèle de répartition au prorata, chaque stream artificiel comptabilisé réduit la part versée aux autres ayants droit ; les producteurs house et techno indépendants, dont les revenus de streaming reposent souvent sur de petits volumes d'écoute, sont directement exposés à cette dilution. En juillet 2026, Deezer a aussi annoncé la suppression des titres IA utilisés pour la fraude et de ceux restés sans écoute pendant au moins six mois.
Une détection brevetée, licenciée à la Sacem
L'outil maison reconnaît les fichiers issus de générateurs comme Suno, Udio ou Riffusion, et peut être adapté à d'autres modèles à partir d'exemples. Deux demandes de brevet déposées en décembre 2024 ont été publiées en Europe et aux États-Unis en juin 2026. Depuis janvier 2026, Deezer commercialise cette technologie sous licence auprès de distributeurs, d'ayants droit et d'autres services ; la Sacem en a été le premier client. En juin, la plateforme a également mis en ligne un détecteur gratuit capable d'analyser des playlists hébergées sur une vingtaine d'autres services de streaming.
Spotify, Apple Music, Tidal et Qobuz
Les autres plateformes procèdent autrement. Qobuz a mis en place un système de détection et d'étiquetage en février. Apple Music s'appuie depuis mars sur les déclarations des labels et des distributeurs, et prévoit des mentions « Made With AI » d'ici la fin de l'année. Tidal étiquette depuis juin la musique entièrement générée et a cessé de la rémunérer. Spotify affiche des mentions IA dans les crédits depuis avril, uniquement lorsque l'artiste les déclare, et signale depuis mi-septembre les profils d'artistes IA sous l'étiquette « AI Personas », exclus par défaut de ses recommandations.
Plusieurs points restent à préciser. Deezer n'a communiqué ni la date exacte d'activation du filtre, ni son emplacement dans l'application, ni son effet sur les titres IA déjà enregistrés dans les bibliothèques et les playlists personnelles des abonnés.
