Attaqué le 15 septembre par Universal Music dans le Delaware, DistroKid a retiré des titres des plateformes. Des producteurs indépendants assurent que leurs morceaux étaient en règle.
Le distributeur numérique DistroKid a confirmé avoir retiré des plateformes de streaming une partie des enregistrements qu'il distribue, en réponse aux accusations d'Universal Music Group. L'information, publiée le 10 octobre par The Verge, a été confirmée le 12 octobre par Amanda Ferri, vice-présidente chargée des services aux artistes, qui parle d'« un très petit nombre d'enregistrements », sans avancer de chiffre.
Une plainte déposée le 15 septembre dans le Delaware
UMG Recordings, Capitol Records et Capitol CMG ont saisi le tribunal fédéral du district du Delaware le 15 septembre. La plainte vise des pratiques commerciales trompeuses et des violations du droit d'auteur : remixes non autorisés, enregistrements modifiés, morceaux reprenant des samples protégés et contenus générés en masse par IA, que la major qualifie de « slop ». UMG précise que sa démarche ne concerne pas la musique IA clairement déclarée comme telle.
Les pièces jointes listent 1 000 enregistrements du catalogue Universal qui auraient été copiés par des titres livrés via DistroKid. Selon la major, son enquête a déjà identifié près de 2 000 enregistrements contrefaisants. La plainte affirme aussi qu'environ 12 millions de titres ont été livrés à un service de streaming non nommé dans les six mois précédant l'action, soit plus de la moitié des livraisons reçues par ce service. UMG demande une injonction imposant le retrait des titres litigieux sur tous les services et la fermeture des comptes des contrevenants récidivistes. Aucun montant de dommages et intérêts n'a été rendu public.
Des retraits contestés par des producteurs indépendants
Plusieurs artistes affirment que des morceaux sans infraction ont été supprimés : samples dont la licence avait été réglée via la plateforme de DistroKid, enregistrements du domaine public, titres entièrement acoustiques. Le producteur Low, installé dans les East Midlands, en Angleterre, indique que son album a disparu de toutes les plateformes sans préavis, avec pour seule explication une réclamation pour droit d'auteur dont ni l'objet ni l'auteur ne lui ont été précisés. Le musicien McGwire dit avoir perdu six titres, dont une reprise de Stevie Wonder qu'il affirme avoir licenciée.
Le contrat de distribution de DistroKid autorise la société à retirer un enregistrement dès qu'elle reçoit une réclamation juridique le concernant. Un artiste qui conteste peut déposer une contre-notification conforme au DMCA ; DistroKid doit alors attendre dix jours ouvrés avant de remettre le titre en ligne, et chaque plateforme reste libre de refuser la réintégration. Pendant ce délai, les liens d'écoute, les pages artistes et les playlists qui renvoient au morceau restent vides, y compris ceux transmis à des promoteurs ou à des labels.
30 à 40 % des nouvelles sorties mondiales
Fondé en 2013 par Philip Kaplan, DistroKid revendique plus de 2 millions d'artistes utilisateurs et affirme traiter 30 à 40 % des nouvelles sorties musicales dans le monde. Son modèle repose sur un abonnement fixe, l'artiste conservant la totalité de ses royalties.
La société vient de changer d'actionnaire de contrôle. Le 6 juillet, le fonds d'investissement européen CVC Capital Partners a annoncé l'acquisition d'une participation majoritaire, Insight Partners conservant une part minoritaire. Le montant n'a pas été communiqué ; en janvier, Music Business Worldwide évoquait des discussions autour de 2 milliards de dollars, contre une valorisation de 1,3 milliard lors de l'entrée d'Insight au capital en août 2021.
Un précédent contre Believe et TuneCore
DistroKid dit contester « fermement » les accusations d'UMG. Membre fondateur de la Music Fights Fraud Alliance, créée en 2023, il n'a pas rejoint la Streaming Integrity Initiative lancée par l'IFPI le 14 septembre, la veille du dépôt de la plainte. L'enquête ouverte par l'US Copyright Office sur la fraude au streaming porte, elle, sur les contrôles de contenus et les procédures de retrait des distributeurs, indépendamment de ce procès.
Universal a déjà attaqué un distributeur sur ce terrain. En novembre 2024, UMG, ABKCO et Concord avaient assigné le groupe français Believe et sa filiale TuneCore en réclamant au moins 500 millions de dollars ; Universal et Believe ont conclu un accord en avril 2026, dont les termes n'ont pas été rendus publics.
