Die Linke arrive en tête à Berlin avec 25,7 %. Fonds dédié aux lieux, protection contre l'éviction : ce que la future coalition pourrait changer pour des clubs sous pression.
Un scrutin qui rebat les cartes
Le 20 septembre 2026, les Berlinois ont renouvelé l'Abgeordnetenhaus, le parlement de la ville-État. Die Linke arrive en tête avec 25,7 % des voix et 38 sièges (+16). Suivent la CDU (18,8 %, 28 sièges, -24), l'AfD (16,3 %, 24 sièges), les Verts (14,3 %, 22 sièges) et le SPD (12,1 %, 18 sièges). Le BSW, à 4,7 %, reste sous la barre des 5 %.
La coalition sortante CDU-SPD du maire Kai Wegner, qui avait renoncé en juillet à mener la liste de son parti, perd sa majorité. Sur 130 sièges, aucune alliance à deux partis n'atteint les 66 nécessaires, et tous les partis excluent de gouverner avec l'AfD. Deux options sont arithmétiquement possibles : Linke-Verts-SPD (78 sièges) ou CDU-Verts-SPD (68 sièges). Die Linke, emmenée par Elif Eralp, doit décider en congrès d'inviter Verts et SPD à des discussions exploratoires, qui pourraient commencer dès la semaine prochaine. Les points de friction sont connus : l'expropriation des grands bailleurs, refusée par le chef de file du SPD Steffen Krach, et la clarification demandée à Die Linke sur l'antisémitisme.
Des clubs pleins, mais de moins en moins rentables
Pour la scène électronique, l'enjeu est concret. Selon l'étude publiée en août par la Clubcommission, la fédération des clubs berlinois, 39 % des lieux ont clôturé l'exercice 2025 en perte, contre 21 % en 2017. Seuls 61 % atteignent l'équilibre, contre 79 % huit ans plus tôt, et 23 % envisagent de fermer dans les douze prochains mois. 95 % des exploitants estiment que l'existence à long terme de nombreux clubs est menacée sans amélioration structurelle.
La structure des revenus a aussi basculé : la billetterie pèse désormais 59 % du chiffre d'affaires, contre environ 40 % en 2017, les ventes au bar ne compensant plus la hausse des loyers, de l'énergie et des cachets. Marcel Weber, de la Clubcommission, résume la situation : les pistes de danse sont pleines, mais il devient de plus en plus difficile de travailler de façon économiquement durable.
Ce que proposent les partis
Les programmes, compilés par Musikexpress et FAZEmag, divergent nettement :
- Die Linke promet un financement dédié aux lieux de musique, un fonds de protection sonore élargi, des autorisations simplifiées, une protection des lieux culturels dans la planification urbaine, un accès facilité à l'espace public pour les événements non commerciaux et une réforme fédérale du droit des baux commerciaux, de la construction et du bruit.
- Les Verts proposent une structure de soutien aux lieux à programmation curatée, un fonds d'urgence pour les espaces culturels menacés, le maintien des aides à l'insonorisation et une extension des occupations temporaires.
- Le SPD annonce pour la première fois un soutien à l'économie des clubs et la mise en œuvre de la stratégie de la nuit déjà élaborée par la ville.
- La CDU mise sur les grands événements internationaux et sur l'ouverture des arches du S-Bahn à des usages commerciaux et culturels.
- L'AfD, selon Tsugi, s'oppose au subventionnement public de la techno.
Une coalition Linke-Verts-SPD réunirait donc trois partis qui défendent chacun un financement structurel des clubs, une première à Berlin. Le fonds de protection sonore, qui finance l'insonorisation des lieux face aux nouveaux voisins, apparaît comme le point de convergence le plus immédiat.
Un test pour l'économie de la nuit européenne
Berlin sert de référence aux politiques de la nuit en Europe, de Paris à Amsterdam. La ville a déjà versé cette année 410 000 euros à 32 clubs et collectifs. La question posée aux négociateurs est de savoir si ces aides ponctuelles deviennent un financement pérenne, et si la protection des lieux entre dans le droit de l'urbanisme, comme le réclame la Clubcommission depuis des années. Les lieux du RAW-Gelände à Friedrichshain, dont le Cassiopeia, menacés par un projet immobilier, en seront un premier test.
Ce que cela change pour les DJs
Berlin reste l'une des principales places de booking d'Europe pour les DJs techno et house, français compris. Quand 39 % des clubs perdent de l'argent, la pression se reporte sur les cachets, le nombre de dates par week-end et la prise de risque sur les artistes émergents. Un financement structurel et une protection contre l'éviction stabiliseraient les programmations à moyen terme. À l'inverse, une nouvelle vague de fermetures réduirait le nombre de scènes où un DJ peut se construire une réputation dans la ville. Les négociations de coalition, attendues dans les semaines à venir, sont à suivre de près pour les agents et les artistes qui y tournent.
