Drones à caméra thermique, veille des groupes WhatsApp, amendes jusqu'à 300 000 € : à Ibiza, Sant Josep et Sant Antoni durcissent la chasse aux fêtes clandestines en villa.
À quelques jours des closings des clubs d'Ibiza, programmés du 2 au 12 octobre, la police locale de Sant Josep de sa Talaia a rendu publique sa méthode contre les fêtes illégales en villa. La commune du sud-ouest de l'île a diffusé le 8 septembre une vidéo d'intervention filmée en partie par drone. La séquence, relayée par la presse locale (Periódico de Ibiza, La Voz de Ibiza), a été reprise fin septembre par plusieurs médias électro internationaux.
Une invitation WhatsApp comme point de départ
L'opération du 8 septembre part d'une capture d'écran : une invitation circulant sur WhatsApp, avec le lieu, le line-up des DJs et les consignes d'accès privé. Les agents ont d'abord envoyé un drone, équipé selon les médias d'une caméra infrarouge, pour repérer le point de rendez-vous des participants. Sur place, un premier conducteur a été contrôlé positif aux stupéfiants.
Un second véhicule, attribué à l'organisateur présumé, a ensuite été pisté. Son conducteur a pris la fuite en repérant le drone, puis est revenu au même endroit, où il a été intercepté. La fête a été démantelée dans la foulée. La police locale justifie ces interventions par les risques pour la sécurité des participants et des riverains, l'absence de mesures de sécurité, les problèmes de circulation et de stationnement. Sa ligne tient en une phrase : « Divertirse, sí. Hacerlo fuera de las normas y a costa de los demás, no » (« S'amuser, oui. Le faire hors des règles et aux dépens des autres, non »). Elle annonce combiner drones, contrôles d'alcoolémie et de stupéfiants et déploiements au sol « autant de fois que nécessaire ».
Des soirées montées comme des festivals
Les dossiers de l'été montrent un niveau d'organisation proche de l'événementiel professionnel. Le 10 juin, dans la commune voisine de Sant Antoni, la police locale et la Guardia Civil (trois patrouilles chacune) ont interrompu une fête d'environ 1 000 personnes sur une propriété rurale de Buscastell. L'événement promettait « 22 heures d'expérience » sur 12 hectares : 15 DJs, espaces thématiques baptisés The Cube, The Cloud et Gateways, bracelets d'accès, navettes depuis un point de rendez-vous, groupes électrogènes, toilettes mobiles, ambulance, et même un carrousel. Les participants devaient signer un « code de conduite ». Le terrain était classé en zone rurale protégée, exposée au risque d'incendie.
Le 28 juillet, à es Cubells, sur le territoire de Sant Josep, la police a évacué la villa Casa Paola, où se trouvaient entre 250 et 300 personnes selon la presse locale. Deux points de rendez-vous avaient été fixés, dont le parking de l'école CEIP L'Urgell. Les agents ont relevé une sonorisation professionnelle, un DJ, un contrôle d'accès et une équipe de sécurité privée engagée par les organisateurs.
Les DJs visés par les organisations patronales
Après Buscastell, les organisations patronales de l'île ont réclamé la « tolérance zéro ». Alicia Reina, présidente aux Baléares de l'association des directeurs d'hôtel AEDH, a résumé la position : « Organizar una fiesta ilegal no puede salir rentable » (« Organiser une fête illégale ne peut pas être rentable »). José Antonio Roselló, vice-président pour les Pityuses de la confédération patronale CAEB, a demandé à Ocio de Ibiza, l'association qui regroupe les grands clubs de l'île, de ne plus engager les DJs qui jouent dans ces fêtes clandestines. La PIMEEF, qui représente les petites et moyennes entreprises, dénonce une concurrence déloyale envers les établissements autorisés.
Jusqu'à 300 000 euros par dossier
Les sanctions reposent sur la loi 7/2013 sur les activités aux Baléares. Son article 104.r classe l'organisation de ces événements sans autorisation parmi les infractions graves et permet d'engager la responsabilité solidaire des propriétaires. Le plafond est fixé à 300 000 euros.
Les organisateurs de Buscastell ont été sanctionnés au maximum par la mairie de Sant Antoni. Après avoir reconnu les faits et payé sans contester, ils ont obtenu une réduction de 40 %, soit 180 000 euros réglés fin juillet. Le 7 août, le conseil municipal de Sant Josep a ratifié cinq amendes pour un total de 700 000 euros : 100 000 euros pour chacune de deux infractions répétées dans un même logement, 100 000 euros pour un local commercial, 200 000 euros pour une location avec vente d'alcool et nuisances sonores, et 300 000 euros pour une fête avec vente de billets et de boissons sur un terrain rural. Les enquêtes ont mobilisé des détectives privés mandatés par le Consell d'Eivissa. La procédure reste lente : près de deux ans séparent les faits de la sanction définitive, un délai que le maire Vicent Roig qualifie de « frustrant ». Il a résumé la position de la municipalité en ratifiant les amendes : « Las viviendas no son discotecas ni recintos de fiestas » (« Les logements ne sont ni des discothèques ni des salles de fête »).
