Première conférence sur la nuit à Dublin, bus des clubs disparus le 14 octobre : l'Irlande a perdu 84 % de ses clubs et attend toujours sa réforme des horaires à 6 h.
Le 22 septembre 2026, Dublin a tenu sa première conférence consacrée à son économie de la nuit. Trois semaines plus tard, le 14 octobre, un bus partira de Smithfield pour visiter les clubs disparus de la capitale. Deux initiatives qui disent la même chose : l'Irlande a perdu l'essentiel de ses dancefloors, et la réforme promise pour les sauver n'est toujours pas votée.
De 522 à 83 clubs en vingt-cinq ans
Les chiffres cités par la campagne Give Us The Night et repris par la presse irlandaise sont sans appel : le pays comptait 522 clubs en 2000, il en reste 83 aujourd'hui, soit une baisse de 84 %. Sur la même période, la population des 20-24 ans a progressé de 8,5 %, passant de 312 757 à 339 458 personnes. Plus de 2 200 pubs ont également fermé entre 2005 et 2025.
La demande, elle, ne faiblit pas : le conseil municipal de Dublin a recensé trois millions de billets vendus en 2025 pour des concerts, festivals et spectacles. Le problème tient moins au public qu'au cadre dans lequel les lieux doivent fonctionner.
Un droit de la nuit hérité du XIXe siècle
Le secteur repose sur une centaine de textes, dont une partie date d'avant l'indépendance. Les clubs relèvent encore du Public Dance Halls Act de 1935. Résultat : dans bien des cas, une soirée en club irlandaise dure de 23 h à 2 h. « On ne fait la nuit qu'à moitié », résume Sunil Sharpe, DJ techno et cofondateur de Give Us The Night.
Pour ouvrir plus tard, un établissement doit demander une exemption spéciale à 205 euros la nuit, soit environ 32 000 euros par an pour trois soirs par semaine. Un coût que la Licensed Vintners Association, qui représente les pubs dublinois, juge prohibitif.
Le Sale of Alcohol Bill, toujours en attente
Approuvé en conseil des ministres en 2022, le Sale of Alcohol Bill prévoit une fermeture à 0 h 30 pour les pubs, 2 h 30 pour les bars de nuit et 6 h pour les clubs, ainsi qu'une licence culturelle pour les musées, galeries et théâtres. L'objectif initial était une adoption à l'été 2023. Le texte ne figurait pas au programme législatif du printemps 2026, et le ministère de la Justice indique que « certaines réformes clés » seront intégrées à un autre projet, l'Intoxicating Liquor Bill, sans calendrier précis.
La réforme a aussi ses opposants. Alcohol Action Ireland rappelle que l'allongement des horaires s'accompagne d'une hausse des blessures, des accidents de la route et des faits de délinquance liés à l'alcool.
Ce qui s'est dit à la conférence du 22 septembre
Ray O'Donoghue, conseiller de la ville pour l'économie nocturne, a reconnu le retard irlandais : d'autres villes européennes travaillent sur leur stratégie de nuit depuis des décennies. Il a insisté sur le rôle des petites salles, là où les artistes se forment avant de jouer dans les grands sites en plein air, et sur des lois « qui remontent au XIXe siècle » et des licences de danse « des années 1930 ».
Ciara Power, pour Give Us The Night, a proposé de transférer la tutelle des licences du ministère de la Justice vers celui de la Culture, sur le modèle de l'Irlande du Nord et du Royaume-Uni. Un changement de ministère qui ferait passer la nuit d'un sujet d'ordre public à un sujet culturel.
Un « ghost bus tour » des clubs disparus
Le 14 octobre, Give Us The Night et l'Irish Architecture Foundation lancent « Lost and Found: Tracking Dublin's Dancefloors – Past, Present and Future », dans le cadre d'Open House Dublin. Deux départs sont prévus, à 18 h 30 et 21 h, depuis le Fidelity Bar & Studio, Queen Street. Pendant 1 h 45, DJs, promoteurs, historiens et architectes racontent les lieux fermés, reconvertis ou démolis, et les passagers sont invités à partager leurs souvenirs et leurs idées. D'autres dates sont annoncées.
Ce que cela change pour les DJs en Europe
Pour un DJ qui tourne en Europe, l'Irlande reste un marché contraint : des sets courts, peu de clubs, des soirées qui s'arrêtent quand elles commencent ailleurs. À l'inverse, des villes comme Amsterdam accordent des licences 24 heures à certains clubs, ce qui permet des sets longs et des closings étendus. Si le passage à 6 h est voté, le nombre de créneaux et la durée des sets devraient mécaniquement augmenter à Dublin, Cork ou Galway. Le dossier irlandais rejoint aussi un débat que la France connaît bien, entre loi Ripost, fermetures administratives et reconnaissance culturelle du club : la manière dont un pays classe la nuit, sécurité ou culture, détermine directement le nombre de dates disponibles pour les artistes.
