Le lieu du collectif MU, porte d'Aubervilliers, ferme le 31 octobre pour près de trois ans de chantier. Dernières dates, modèle à 85 % de recettes propres et futur incertain.
La Station – Gare des Mines, lieu culturel et club géré par le collectif MU à la porte d'Aubervilliers (Paris 18e), accueillera sa dernière soirée le samedi 31 octobre 2026. Le site fermera ensuite pour près de trois ans de travaux, liés au réaménagement du quartier. La nuit de clôture, baptisée « Doomsday », occupe les deux salles du lieu, Station Nord et Station Sud, et la page de l'événement fixe la fermeture « à partir de 7h01 ».
Doomsday, une nuit d'Halloween sur deux salles
La soirée tombe le soir d'Halloween et reprend un décor de fin du monde : bunkers de fortune, sirènes et compte à rebours. Cinq lives sont annoncés : le duo danois A Good Year, Evanora Unlimited (projet multimédia d'Orion Ohana), Honk Gong, le Kényan Lord Spikeheart (metal et grindcore), et Secret Wife, qui ralentit des vinyles eurodance, trance et new beat des années 1990.
Côté platines, présentées comme des « rituels », se succèdent bivou4c, Dj Rustic Widow, Faïza, Fatale Furylax, F pneumonia, Golce, Julie Desire, Le Frit, Luluskopi, Marouchka, Maya Fortune, Missy Da Kunt, Mystique, NET GALA, ohjeelo, Thérapie de Club et les DJs résidents de la Station. Les billets ont été mis en vente le 6 octobre sur Resident Advisor, à 20 € en tarif normal et 30 € en tarif soutien.
Les dernières dates d'octobre
Le calendrier des trois dernières semaines alterne concerts et clubs : Professeur Promesses #38 le 16 octobre, « sous tes reins » sur les deux salles le 17, Erreur de Jeunesse le 23. Le 24 octobre, le collectif Bass Paradize, qui organise des soirées dubstep depuis douze ans, investit Station Nord pour la première fois afin de fêter les 20 ans de Deep Medi, le label fondé par Mala en 2006. Line-up encore non communiqué, de minuit à 7h, 15 à 20 € en prévente et 24 € sur place.
Une occupation prévue pour six mois, prolongée dix ans
La Station a ouvert le 10 juin 2016 dans les vestiges d'une ancienne gare à charbon de la SNCF, mis à disposition dans le cadre des « Sites artistiques temporaires » de la compagnie ferroviaire. Le bâtiment abritait auparavant une discothèque africaine, le Balafon, et restait inoccupé depuis une dizaine d'années. Le collectif MU, qui animait déjà le Garage MU à la Goutte d'Or, avait pris en charge la mise aux normes du site, avec à l'époque les Hydropathes et Berlinons Paris comme partenaires de programmation.
Le premier bail portait sur six mois. Il a été renouvelé à plusieurs reprises ; la convention d'occupation temporaire courait encore jusqu'en 2022 selon les documents de l'aménageur publiés en 2020. Au fil des années, le lieu a ajouté aux concerts et aux nuits club une webradio, Station Station, des résidences d'artistes, un atelier de réparation solidaire, des activités de jardinage et un accueil de personnes exilées.
85 % de recettes propres
Le modèle économique repose à 15 % sur des subventions publiques. Les 85 % restants proviennent des recettes propres, essentiellement la billetterie et le bar. Selon ses responsables, trois ans sans public fragiliseront cet équilibre. L'équipe a lancé en avril un appel aux dons via HelloAsso, complété par la vente de merchandising et par un tarif soutien sur certaines soirées clés, dont Doomsday. Aucun objectif de collecte n'a été rendu public.
Le chantier Gare des Mines–Fillettes
Les travaux s'inscrivent dans la ZAC Gare des Mines–Fillettes, créée en décembre 2019 : environ 20 hectares de part et d'autre du périphérique, entre les portes d'Aubervilliers et de la Chapelle, confiés à Paris & Métropole Aménagement. Le projet comprend l'Arena de la porte de la Chapelle, salle d'environ 8 000 places construite pour les Jeux de 2024, quelque 41 100 m² de logements et un développement par lots jusqu'en 2030. Les deux pavillons de l'ancienne gare des Mines occupés par la Station sont conservés dans le plan d'aménagement, et la Ville de Paris a décidé d'y réserver une place pérenne au lieu.
Plusieurs points restent ouverts à deux semaines de la fermeture. La date exacte de réouverture n'est pas fixée, la forme du futur équipement n'a pas été détaillée et le collectif MU cherche encore un lieu temporaire pour maintenir une activité pendant le chantier. Sur sa page de soutien, l'équipe indique que la suite est en cours de construction et promet d'en dire plus « très bientôt ».
