Lunettes connectées en club : l'app polonaise ZuckOff et les premières interdictions en Europe

Lunettes connectées en club : l'app polonaise ZuckOff et les premières interdictions en Europe

Par Crown Artist · · 3 min de lecture

Une app polonaise repère les lunettes Meta par Bluetooth, Radar à Aarhus et Body Movements à Londres les proscrivent : la politique no-photo des clubs entre dans une nouvelle phase.

Les lunettes à caméra intégrée deviennent un sujet de sécurité pour les clubs et festivals européens. En septembre 2026, une application développée en Pologne, ZuckOff, propose de les détecter à distance, pendant que plusieurs lieux, du Danemark au Royaume-Uni, les ajoutent à leur liste d'objets interdits.

ZuckOff : repérer les lunettes par leur signal Bluetooth

ZuckOff a été conçue par Pawel Szydlowski, développeur polonais de 30 ans. Le principe ne repose sur aucune interception de contenu : les lunettes connectées émettent en permanence des annonces Bluetooth destinées à l'appairage avec un smartphone. Le développeur a acheté plusieurs modèles, relevé leurs identifiants (UUID et identifiant constructeur) et constitué une base de signatures. L'application compare les signaux captés autour du téléphone à cette base, puis indique le type d'appareil et sa distance approximative.

Sont reconnues les Ray-Ban Meta, les Oakley Meta et les Snap Spectacles. Lancée vers le mois d'août, l'application revendique plus de 6 000 téléchargements selon Mixmag. Une version gratuite coexiste avec un abonnement payant qui envoie les alertes même lorsque l'application est fermée.

Les limites sont connues et assumées par son auteur : ZuckOff ne dit pas qui porte les lunettes, ni si elles filment au moment de l'alerte. « La détection n'est pas le consentement », résume Pawel Szydlowski, qui défend le droit de « au moins savoir que quelqu'un enregistre ».

Des interdictions qui se multiplient

Le contexte explique l'intérêt pour l'outil. Selon les chiffres repris par Mixmag, 7 millions de paires de Ray-Ban Meta ont été vendues en 2025. Une enquête de la BBC a documenté plusieurs cas de personnes filmées à leur insu avec ce type de lunettes.

En Europe, les premières réponses sont venues des lieux eux-mêmes :

  • Radar, Aarhus (Danemark) : les spectateurs doivent retirer leurs lunettes connectées et les ranger dans leur sac. Le directeur, Martin Aagaard Jensen, invoque la protection des bénévoles, qui doivent pouvoir travailler « sans se demander si une interaction est enregistrée à leur insu ».
  • Body Movements, Londres : le festival LGBTQIA+ a ajouté les lunettes connectées aux objets interdits de son édition 2026, en les qualifiant d'« antithèse » de ses valeurs et en rejetant « la culture de la surveillance et le tournage non consenti ».
  • Royaume-Uni, hors musique électronique : la chaîne de pubs Wetherspoons (environ 800 établissements) et le réseau de théâtres ATG ont pris des mesures comparables.

Outre-Atlantique, BASEMENT, club techno du Queens, a annoncé fin août l'exclusion définitive de toute personne entrée avec des lunettes connectées, même rangées dans un sac.

La politique no-photo face à un nouvel objet

Beaucoup de clubs techno européens appliquent depuis des années une règle simple : un autocollant sur l'objectif du smartphone à l'entrée. Berghain à Berlin en a fait un marqueur de sa culture, et de nombreux lieux ont repris le principe. Le dispositif fonctionne parce qu'un téléphone se voit et se couvre.

Les lunettes connectées cassent cette logique. La caméra est intégrée à une monture ordinaire, souvent correctrice, et le voyant lumineux d'enregistrement reste discret dans l'obscurité d'un dancefloor. Pour les équipes d'accueil, cela pose des questions pratiques : contrôle visuel à l'entrée, vestiaire dédié, prise en compte des verres correcteurs, formation des agents de sécurité.

En France, le cadre juridique existe déjà. L'article 226-1 du Code pénal punit d'un an d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende le fait de capter l'image d'une personne se trouvant dans un lieu privé sans son consentement. Le règlement intérieur d'un établissement peut par ailleurs interdire tout appareil d'enregistrement. Reste la preuve : sans détection, l'infraction passe le plus souvent inaperçue.

Ce que cela change pour les DJs

Pour un DJ, la question ne concerne pas seulement le public. Un set capté sans autorisation peut circuler en ligne sans validation de l'artiste ni de l'organisateur, avec un son de mauvaise qualité ou un morceau non signé encore en test. Les riders techniques et contrats de booking prévoient souvent des clauses sur la captation vidéo : il devient utile d'y mentionner explicitement les appareils portés, et de vérifier la politique du lieu avant d'accepter une date. À l'inverse, un club qui garantit un dancefloor sans caméra renforce son attractivité auprès des artistes qui misent sur l'expérimentation et la liberté du public. Pour les organisateurs français et européens, formaliser une règle claire avant la saison d'hiver évite d'improviser à la porte.

Photo : CCadio / Wikimedia Commons, CC BY 4.0

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