Petit Biscuit annule sa tournée Asie-Pacifique et relance le débat sur la charge des tournées

Petit Biscuit annule sa tournée Asie-Pacifique et relance le débat sur la charge des tournées

Par Crown Artist · · 3 min de lecture

Le producteur rouennais a annulé huit dates en Australie et en Indonésie deux jours avant la première. Un cas qui remet la cadence des tournées au centre du métier.

Le 16 septembre 2026, Mehdi Benjelloun, connu sous le nom de Petit Biscuit, a annoncé sur ses réseaux l'annulation de l'intégralité de sa tournée en Asie-Pacifique. La décision est tombée deux jours avant le premier concert, alors que la production était déjà engagée. Elle intervient cinq semaines avant la sortie de son quatrième album.

Huit dates annulées en dix jours de tournée

Sept villes australiennes étaient programmées entre le 18 et le 27 septembre 2026 : Brisbane, Byron Bay, Melbourne, Gold Coast, Sydney, Wollongong et Perth. Une date à Bali, en Indonésie, était prévue le 1er octobre. L'ensemble est annulé.

L'artiste a justifié sa décision par une dégradation de son état de santé, évoquant des difficultés installées « depuis plusieurs années » et des crises de panique qui, selon ses mots, « n'ont pas cessé » et se sont aggravées. Il précise qu'il s'agit d'une pause sur les tournées lointaines, et non d'un arrêt de carrière.

Les dates américaines d'octobre sont maintenues, tout comme un concert à Bergerac le 31 octobre 2026. L'album Insomnia, annoncé comme son disque le plus contemplatif, avec des incursions vers la musique de film et l'ambient, sort le 21 octobre 2026 sur son label Écurie.

Un artiste installé depuis dix ans

Né le 10 novembre 1999 à Rouen, Petit Biscuit compose depuis ses quinze ans. Son premier EP éponyme sort en mai 2016, suivi des albums Presence (2017), Parachute (2020) et Discipline (2024). Le titre Sunset Lover approche le milliard d'écoutes cumulées et reste l'un des morceaux français les plus streamés de la décennie en électronique.

Sa trajectoire est celle d'un artiste d'export : Coachella en avril 2018, tournées aux États-Unis, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, au Mexique et au Canada, et un public australien suffisamment installé pour justifier sept dates dans le pays. C'est précisément ce modèle — des routings longue distance enchaînés sur plusieurs continents — qui est en cause dans son annonce.

Des chiffres connus, un sujet longtemps tu

Le cas n'est pas isolé et la filière française dispose de données sur le sujet. L'étude menée par le collectif CURA entre mai et septembre 2019, auprès de plus de 500 artistes, donne des ordres de grandeur nets : quatre artistes sur cinq déclarent souffrir d'anxiété ou de déprime, quatre sur cinq rapportent des troubles du sommeil, un sur deux des problèmes auditifs. 58 % font état de conflits entre vie personnelle et vie professionnelle, et 80 % d'un décalage avec le rythme de vie de leur entourage. Des travaux de l'University of Westminster vont dans le même sens sur l'exposition accrue des musiciens à la dépression et à l'anxiété.

Des dispositifs existent, mais restent peu identifiés par les artistes eux-mêmes. CURA, fondé en 2019, travaille spécifiquement sur le bien-être des musiciens. Le Music Industry Therapist Collective a publié un manuel de 300 pages consacré à la santé mentale en tournée. La Clinique du Musicien, à Paris, propose des consultations pluridisciplinaires couvrant les troubles physiques et psychologiques, et les centres médico-psychologiques assurent une prise en charge à moindre coût sur tout le territoire.

Ce que cela change pour le booking

Pour les agences et les organisateurs, une annulation à 48 heures du premier concert n'est pas un incident isolé : elle engage des frais de production, des billetteries ouvertes, des équipes déjà en route. Elle rappelle surtout qu'un routing se construit aussi sur la capacité physique et psychique de l'artiste à le tenir, pas seulement sur la logique commerciale des marchés à couvrir.

La tendance de fond est à la structuration. Plusieurs agences européennes intègrent désormais des jours de récupération obligatoires dans les contrats, limitent le nombre de vols long-courriers par cycle promotionnel, ou conditionnent les tournées intercontinentales à des blocs géographiques resserrés plutôt qu'à des allers-retours. Pour un DJ en développement, poser ces conditions dès les premières négociations n'est pas un signe de fragilité : c'est ce qui permet de tenir une carrière sur dix ans plutôt que sur trois saisons. La parole publique d'un artiste au niveau d'exposition de Petit Biscuit rend ce type d'arbitrage nettement plus facile à défendre en négociation.

Photo : France 3 Grand Est / Wikimedia Commons, CC BY 3.0

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