Universal et Sony attaquent à nouveau Suno : 60 202 enregistrements visés, sept semaines après la victoire de la GEMA à Munich

Universal et Sony attaquent à nouveau Suno : 60 202 enregistrements visés, sept semaines après la victoire de la GEMA à Munich

Par Crown Artist · · 3 min de lecture

Une seconde plainte vise le modèle v6 de Suno, accusé de « blanchir » des entraînements illicites. En Europe, la justice allemande a déjà tranché en faveur des ayants droit.

Une seconde plainte déposée à Boston

Le 18 septembre 2026, Universal Music Group et Sony Music Entertainment ont déposé une nouvelle plainte contre Suno devant le tribunal fédéral du Massachusetts. Elle porte sur 60 202 enregistrements que la plateforme d'IA musicale aurait copiés sans licence pour entraîner ses modèles. Trois chefs sont retenus : contrefaçon des enregistrements postérieurs à 1972, contrefaçon des enregistrements antérieurs à 1972, et contournement de mesures techniques de protection, les majors accusant Suno d'avoir aspiré l'audio de YouTube par « stream-ripping ».

Les dommages et intérêts légaux américains pouvant atteindre 150 000 dollars par œuvre en cas de violation délibérée, le plafond théorique dépasse 9 milliards de dollars, auxquels s'ajouteraient environ 150 millions de dollars au titre du DMCA. Ce montant reste un maximum légal, pas une somme réclamée en l'état.

Pourquoi un deuxième procès

La première action, lancée en juin 2024, ne couvre que 560 œuvres. En août 2026, le juge F. Dennis Saylor IV a refusé aux majors d'y ajouter 61 026 enregistrements et les a orientées vers une procédure distincte. La clôture de la phase de communication des pièces dans le premier dossier est fixée au 30 septembre.

La nouvelle plainte vise aussi le modèle v6, lancé le 9 septembre et présenté par Suno comme reposant sur des contenus sous licence. Les labels contestent cette présentation : selon eux, v6 hérite des capacités des modèles antérieurs par distillation et par les données de préférence des utilisateurs. La plainte le résume ainsi : entraîner un nouveau modèle sur les sorties d'un modèle contrefaisant « n'élimine pas la contrefaçon, il la blanchit ».

Un marché des licences qui se structure

L'argument central des majors repose sur les accords déjà signés par Suno : Warner Music Group en novembre 2025, BMG le 12 août 2026, puis le distributeur français Believe le 8 septembre. Pour Universal et Sony, ces contrats prouvent qu'un marché de la licence d'entraînement existe, et donc que s'en passer cause un préjudice mesurable. Warner, co-plaignant initial, s'est retiré du procès en concluant son accord.

Suno maintient sa défense fondée sur le « fair use », comparant l'apprentissage de son modèle à celui d'un musicien qui écoute des morceaux existants. L'entreprise a levé plus de 400 millions de dollars lors de son dernier tour, sur une valorisation de 5,4 milliards, contre 2,45 milliards à l'automne 2025. La plainte avance des revenus annuels de plusieurs centaines de millions et un objectif d'un milliard de dollars en 2028.

En Europe, la justice a déjà tranché

Côté européen, le rapport de force est différent. Le 31 juillet 2026, la 42e chambre du tribunal régional de Munich a donné raison à la GEMA, la société allemande de gestion des droits d'auteur, contre Suno. Le tribunal a jugé que la plateforme avait entraîné son système sur des titres du répertoire GEMA, parmi lesquels « Forever Young », « Big in Japan » ou « Daddy Cool », que le modèle mémorisait et restituait des éléments identifiables de mélodie, d'harmonie et de rythme, et que les sorties générées constituaient des exploitations soumises à licence.

Point décisif pour tout le continent : le tribunal a estimé qu'un entraînement réalisé aux États-Unis relève du droit allemand dès lors que le service est exploité en Europe. C'est la deuxième victoire de la GEMA en matière d'IA, après la décision rendue par la même juridiction contre OpenAI en novembre 2025 sur des paroles de chansons, dont OpenAI a fait appel.

Ce que cela change pour les DJs et producteurs

Pour les producteurs de musique électronique, ces procédures conditionnent la valeur de leur catalogue : si l'entraînement exige une licence, les œuvres déposées auprès d'une société de gestion comme la SACEM ou la GEMA deviennent une source de revenus négociable face aux plateformes d'IA. La décision munichoise, qui rattache l'entraînement au lieu d'exploitation, offre aux ayants droit européens un levier que les procès américains n'ont pas encore consacré.

Pour les DJs, l'enjeu touche aussi la sélection : la multiplication de titres générés par IA sur les plateformes de streaming et de téléchargement rend plus utile la vérification de l'origine des morceaux joués, notamment pour la déclaration des setlists et la répartition des droits. Les prochaines étapes à suivre sont la réponse de Suno à la plainte de Boston et l'éventuel appel de la décision de Munich.

Photo : John Taran / Pexels

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