Fermé en mars 2025 après vingt ans rue Dienerstrasse, le club Zukunft de Zurich revit dans « Die Zukunft ist Vergangenheit », 99 minutes financées sans argent public.
Dix-neuf mois après sa dernière nuit, le club Zukunft de Zurich passe sur grand écran. « Die Zukunft ist Vergangenheit » (« Le futur, c'est le passé »), documentaire de 99 minutes réalisé par Stephan Schulz et Julian Kirchner, a été présenté en première mondiale le 30 septembre au Zurich Film Festival, où ses trois projections ont affiché complet. Il sort au cinéma Riffraff de Zurich le dimanche 25 octobre, avec des séances supplémentaires les 26, 27 et 28 octobre.
Huit amis et 30 000 francs de caution
Le « Zuki », comme l'appelaient ses habitués, ouvre à l'automne 2005 au 33 Dienerstrasse, dans le Kreis 4, à deux pas de la Langstrasse. Selon le quotidien 20 Minuten, le local avait été refusé par plusieurs grands groupes de la restauration avant que huit amis ne s'y installent, avec 30 000 francs suisses de capital de départ, absorbés pour l'essentiel par la garantie de loyer. Parmi eux : Alex Dallas, Markus Ott, Michi Vollenweider et Sacha Winkler, plus connu sous son nom d'artiste Kalabrese.
Le bâtiment réunissait plusieurs espaces : le Bar 3000 au rez-de-chaussée, le club au sous-sol, la « Box » et un étage dédié aux concerts. On y a aussi organisé du cabaret, des tournois d'échecs et des réunions militantes. Pour la scène house et techno, le lieu a servi de tremplin : plusieurs DJs passés ensuite sur des scènes beaucoup plus grandes ont continué à y revenir, à l'image du duo zurichois Adriatique, qui apparaît dans le film.
777 jours de sursis
Début 2022, le club annonce ses « 777 derniers jours » au 33 Dienerstrasse, le site étant promis à un projet de construction. Le retard du chantier lui permet de prolonger son bail d'un an, jusqu'au 31 mars 2025. La dernière soirée a lieu le 23 mars 2025 et se termine sur « Kafi Lied », un titre de Kalabrese.
Le mobilier a ensuite rempli 18 camions. Du 10 au 17 avril 2025, 333 objets ont été mis aux enchères sur la plateforme Ricardo à partir d'un franc, dont le revêtement mural du Bar 3000, composé d'environ 18 000 dés. Le gorille grandeur nature qui gardait l'entrée avait déjà été cédé au Musée national suisse, pour son exposition consacrée à la techno.
Un physionomiste derrière la caméra
Stephan Schulz a tenu la porte du club entre 2013 et 2016 ; Julian Kirchner le fréquentait depuis son arrivée à Zurich en 2011. Tourné en partie lors du dernier week-end de mars 2025, le film suit les quatre exploitants et donne la parole à des artistes locaux (Kalabrese, Alex Dallas, Manuel Fischer, Alain Kupper, Esther Eppstein, Lara Stoll) et à des invités internationaux : Acid Pauli, Frank Wiedemann, Seth Troxler, Jimi Jules, Kollektiv Turmstrasse et Adriatique. Il est en anglais, suisse allemand et allemand.
Le thème de la gentrification traverse le récit. « À la fin, nous sommes devenus une partie de la gentrification, et maintenant c'est elle qui nous chasse », résume Sacha Winkler dans un entretien au média zurichois Tsüri. Dans le film, Markus Ott revient sur les débuts : « Nous étions huit amis, qu'est-ce qui aurait pu mal tourner ? »
Aucun franc d'argent public
Les deux réalisateurs comptaient solliciter des aides institutionnelles, mais il s'agit de leur premier long métrage documentaire, ce qui les rendait inéligibles. Le film a été financé intégralement par une campagne sur la plateforme suisse wemakeit, dont le montant n'a pas été communiqué, et produit par la société zurichoise StreamOn. Dans leur annonce, les auteurs présentent ce manque de soutien comme « une chance pour un regard libre et non conventionnel ».
La projection communautaire du vendredi 23 octobre à 20 h 30, dans l'Aktionshalle de la Rote Fabrik, affiche déjà complet ; seuls restent des billets pour la « Zukunft Klubnacht » qui suit. Le film sera ensuite disponible en vidéo à la demande sur zukifilm.ch à partir du 16 novembre.
