Chassé de Serbie après vingt-cinq ans, EXIT devient une marque itinérante. Son escale égyptienne, Starlight, réunit Charlotte de Witte et Pete Tong à Gizeh du 8 au 11 octobre.
Privé de son fief serbe depuis l'été 2025, EXIT a passé l'année 2026 à réapprendre son métier ailleurs. L'escale la plus spectaculaire de cette reconversion se tient du 8 au 11 octobre en Égypte, au pied des pyramides de Gizeh, sous le nom de Starlight Festival.
Vingt-cinq ans à Petrovaradin, puis la sortie
EXIT naît en 2000 à Novi Sad comme un mouvement étudiant militant pour la démocratie dans les Balkans, avant de s'installer dès 2001 dans la forteresse de Petrovaradin. En vingt-cinq ans, l'événement est devenu l'un des plus gros rendez-vous européens : environ 200 000 visiteurs par édition, une jauge quotidienne de 56 000 personnes et plus de 40 scènes et zones couvrant techno, house, drum and bass, rock ou metal. Le festival a été élu Best Major Festival aux European Festivals Awards en 2013 et 2017, et Best European Festival aux UK Festival Awards en 2007.
En juin 2025, l'organisation annonce pourtant que l'édition des 10-13 juillet sera la dernière en Serbie. Les motifs avancés par les organisateurs sont explicites : coupure totale des financements publics à tous les échelons de l'État, et sponsors poussés à se retirer sous pression gouvernementale. EXIT présente ces mesures comme des représailles à son soutien au mouvement de protestation étudiant né après l'effondrement de l'auvent de la gare de Novi Sad en décembre 2024, qui avait fait seize morts ; le festival s'était joint à la grève générale du 24 janvier 2025. « C'est la décision la plus difficile de nos vingt-cinq ans d'histoire, mais nous croyons que la liberté n'a pas de prix », déclarait alors le fondateur et directeur Dušan Kovačević.
Six escales et aucun pays d'attache
L'annonce de la suite tombe en octobre 2025, à l'Amsterdam Dance Event : plutôt que de chercher un nouveau site fixe, EXIT se transforme en marque itinérante. Le Global Tour 2026 compte six destinations. Au printemps, la Croatie avec le Sea Star Festival dans la lagune de Stella Maris, à Umag en Istrie. En juin, la Macédoine du Nord. En août, Malte, en partenariat avec G7 Events. En octobre, l'Égypte. En novembre, une première indienne à Mumbai, puis un retour à Belgrade où le No Sleep Festival monte en gamme pour devenir une rave de dimension continentale.
Le groupe opérait déjà des événements dans cinq pays avant ce virage, avec Sea Star en Croatie, No Sleep à Belgrade et Ada Divine Awakening au Monténégro. La différence tient au centre de gravité : il n'y a plus de festival mère dont les satellites dépendraient.
Starlight : quatre jours entre Gizeh et Le Caire
Starlight est coproduit par EXIT, la plateforme P+US et le promoteur régional Venture Lifestyle, déjà responsable du show immersif d'Anyma sur le même site. Le festival s'installe sur un terrain aménagé à proximité du plateau de Gizeh, et non sur le monument lui-même, contrainte de protection patrimoniale que les organisateurs mettent en avant dans la conception scénographique.
Le dispositif compte cinq scènes et zones, complété par une expérience de réalité virtuelle présentée pour la première fois à l'Expo de Dubaï. Les deux grandes nuits sont programmées les 9 et 10 octobre, encadrées par des soirées d'ouverture et de clôture réparties dans plusieurs lieux du Caire.
Côté programmation, Charlotte de Witte et Michael Bibi font leurs débuts égyptiens, Adriatique revient après un premier passage sur le site. Pete Tong, Vintage Culture, Enrico Sangiuliano et WhoMadeWho complètent les têtes d'affiche annoncées. La billetterie a ouvert le 25 mai 2026, après une phase de préinscription lancée une semaine plus tôt.
Ce que le modèle nomade change pour les artistes
Pour les DJs et leurs agences, la mue d'EXIT illustre deux mouvements simultanés. Le premier est un déplacement de la demande : les opérateurs européens installent des dates hors du continent, dans des marchés — Golfe, Afrique du Nord, Inde — où la saison ne coïncide pas avec l'été européen. Un festival en octobre à Gizeh ou en novembre à Mumbai prolonge un calendrier qui, historiquement, se vide après l'Amsterdam Dance Event.
Le second est une fragilité nouvelle. Un festival sans ancrage territorial ne peut plus s'appuyer sur des subventions locales, une fidélité de public installée ni des infrastructures amorties d'une année sur l'autre : chaque escale se négocie avec un promoteur local, et le risque financier se redistribue. Pour un artiste, cela signifie des interlocuteurs plus nombreux, des conditions contractuelles moins standardisées et une visibilité plus courte sur les calendriers. L'accès à ces nouvelles dates passe de plus en plus par des agences capables de suivre ces marchés émergents, plutôt que par les seuls circuits de booking européens traditionnels.
