Depuis le 3 novembre, Sadiq Khan peut évoquer et décider lui-même les demandes de licence jugées stratégiques à Londres. Seuils, origine de la réforme et opposition de Westminster.
Depuis le mardi 3 novembre 2026, le maire de Londres peut reprendre la main sur une partie des décisions de licence prises par les 33 autorités locales de la capitale britannique. Clubs, salles de musique live, festivals et grands événements sont dans le champ du texte. C'est la première fois qu'un maire de Londres dispose d'un tel pouvoir en matière de licences d'exploitation.
Un droit d'évocation sur les dossiers « stratégiques »
Le mécanisme repose sur un règlement pris par le ministère britannique du Logement, des Collectivités et du Gouvernement local (MHCLG), qui modifie l'application du Licensing Act 2003. Il permet à Sadiq Khan de « rappeler » (call-in) une demande de licence jugée d'importance stratégique pour Londres, puis de l'accorder ou de la refuser lui-même. Les horaires d'ouverture et les conditions attachées à la licence sont concernés.
Les conseils d'arrondissement conservent l'instruction des dossiers courants. Ils devront en revanche consulter la mairie chaque fois qu'ils réviseront leur politique locale de licences, et la Greater London Authority pourra déposer des observations formelles sur une demande en cours.
Les seuils retenus par le règlement
Le texte définit les établissements « potentiellement stratégiques » à partir de plusieurs critères. Sont concernés les locaux classés dans les deux tranches de redevance les plus élevées (bandes D et E), soit une valeur locative supérieure à 87 000 livres par an, ainsi que les activités soumises à licence prévues après 23 heures. Selon le site OnLondon, les lieux d'une capacité supérieure à 5 000 personnes, les salles de musique live des bandes B et C et les demandes de licence de moins de trois mois entrent aussi dans le périmètre. Seuls les établissements de la tranche la plus basse y échappent entièrement.
Ce dernier point vise directement les organisateurs : les licences temporaires, utilisées pour les festivals, les soirées dans des lieux éphémères ou l'occupation de friches avant réaménagement, font partie des cas que la mairie avait identifiés dès février 2026. Le conseil de Westminster estime que quatre établissements sur cinq de son territoire relèvent désormais du dispositif.
Un chantier ouvert par le Nightlife Taskforce
La réforme découle des travaux du Nightlife Taskforce, groupe indépendant présidé par Cameron Leslie, cofondateur du club fabric. Son rapport, publié en janvier 2026, formulait des recommandations dans dix domaines, dont une norme de licence unique pour la capitale. Cameron Leslie y désignait les licences comme « l'un des défis structurels les plus importants » de la nuit londonienne.
Le 12 février 2026, Sadiq Khan a présenté un projet de politique de licences stratégique, soumis à six semaines de consultation, accompagné d'un « London Licensing Playbook » destiné aux arrondissements et aux exploitants. La mairie y chiffre l'économie de la nuit londonienne à plus de 139 milliards de livres par an.
Le conflit le plus visible porte sur Soho. En juin 2026, Sadiq Khan s'est opposé à un groupe de résidents qui demandait le gel de toute nouvelle licence de bar et de restaurant dans le quartier. En septembre, il a critiqué le projet de Westminster d'interdire l'ouverture de nouveaux lieux de nuit dans les zones les plus fréquentées du centre et de restreindre la consommation debout (« vertical drinking »).
Westminster et London Councils contestent
Tim Barnes, adjoint au leader de Westminster chargé de la croissance, parle d'un « accaparement » de compétences par le maire et a annoncé un courrier d'objections au cabinet de Sadiq Khan et au gouvernement. Westminster rappelle qu'il approuve environ 98 % des demandes de licence valides qu'il reçoit. Jason Perry, pour London Councils, juge la définition d'« importance stratégique » trop large et s'inquiète des moyens supplémentaires que les arrondissements devront mobiliser. Des associations de résidents de Camden et de Westminster ont écrit à leurs députés pour demander le retrait du texte.
Le secteur, lui, soutient la réforme. Kate Nicholls, présidente d'UKHospitality, qui a piloté le « licensing sprint » gouvernemental à l'origine de ces changements, estime que les arrondissements ne perdent rien et compare le dispositif à celui qui existe déjà en matière d'urbanisme. Sadiq Khan a déclaré espérer utiliser ce pouvoir « rarement », tout en se réservant d'intervenir lorsqu'un conseil refuse de soutenir un établissement « bien géré ».
La version définitive de la politique de licences stratégique doit être arrêtée d'ici la fin de l'année 2026, en même temps que la publication du rapport de consultation. Le transfert de compétences est conçu comme un pilote : le gouvernement a prévu de l'évaluer au bout de deux ans.
